En 2026, un bénéficiaire peut recevoir jusqu’à 152 500 € au titre d’une assurance vie avant toute taxation spécifique, sous réserve de la date des versements. L’âge de l’assuré au moment de chaque prime et la rédaction de la clause bénéficiaire déterminent pourtant une grande partie du résultat fiscal.
Succession et assurance vie : un capital transmis hors de la succession
L’assurance vie suit un régime distinct de celui des biens présents dans la succession. Au décès de l’assuré, le capital est versé aux bénéficiaires désignés dans le contrat. Il n’entre donc pas, en principe, dans l’actif successoral partagé entre les héritiers.
Cette règle civile ne signifie pas que la transmission échappe toujours à l’impôt. Deux dispositifs fiscaux s’appliquent en 2026 : l’article 990 I du Code général des impôts pour les primes versées avant 70 ans et l’article 757 B pour certaines primes versées après 70 ans.
L’âge retenu est celui de l’assuré au moment du versement. Ouvrir un contrat à 65 ans ne suffit donc pas à placer toutes les primes sous le régime des versements avant 70 ans. Une somme versée après le 70e anniversaire relève du régime correspondant, même si le contrat existe depuis plusieurs années.
Le seuil de 152 500 € s’apprécie par bénéficiaire et pour un même assuré, tous contrats concernés confondus. Multiplier les contrats ne multiplie pas cet abattement.
Les contrats souscrits avant le 20 novembre 1991 et les primes versées avant le 13 octobre 1998 obéissent à des règles historiques particulières. Leur traitement dépend à la fois de la date d’ouverture, de la date des primes et de l’âge atteint lors de chaque versement. Un relevé complet des opérations évite de mélanger plusieurs régimes au sein d’un même contrat.

Versements avant ou après 70 ans : les règles fiscales en 2026
L’abattement de 152 500 € prévu par l’article 990 I
Pour les capitaux correspondant aux primes relevant de l’article 990 I, chaque bénéficiaire dispose en 2026 d’un abattement de 152 500 €. La fraction taxable supporte ensuite un prélèvement de 20 % jusqu’à 700 000 €, puis de 31,25 % au-delà de ce montant.
Le calcul porte sur le capital transmis au bénéficiaire, intérêts et plus-values compris. Si un enfant reçoit 200 000 € en 2026 au titre de versements effectués avant 70 ans, la base taxable atteint 47 500 € après l’abattement. Le prélèvement correspondant s’élève alors à 9 500 € au taux de 20 %.
L’abattement appartient au bénéficiaire, mais il est commun aux contrats souscrits par le même assuré. Si ce bénéficiaire reçoit 100 000 € sur un contrat et 80 000 € sur un autre en 2026, son montant taxable total atteint 27 500 €, et non zéro sur chaque contrat.
L’abattement global de 30 500 € prévu par l’article 757 B
Pour un contrat souscrit à compter du 20 novembre 1991, les primes versées après 70 ans relèvent en 2026 de l’article 757 B. Un abattement global de 30 500 € s’applique à l’ensemble des contrats et à l’ensemble des bénéficiaires concernés.
Seules les primes dépassant cet abattement sont soumises aux droits de succession. Les gains produits par ces versements restent hors de cette assiette. Si 50 000 € ont été versés après 70 ans et que le capital atteint 62 000 € au décès en 2026, la base relevant de l’article 757 B est de 19 500 €. Les 12 000 € de gains ne sont pas intégrés à cette base.
La somme taxable rejoint ensuite la part successorale de chaque bénéficiaire. Le barème dépend donc de son lien de parenté avec l’assuré. Pour un enfant, l’abattement successoral de droit commun atteint 100 000 € par parent en 2026, sous réserve qu’il n’ait pas déjà été consommé par les autres biens transmis ou par certaines donations antérieures.
| Critère | Versements avant 70 ans | Versements après 70 ans |
|---|---|---|
| Régime courant en 2026 | Article 990 I du CGI | Article 757 B du CGI |
| Abattement | 152 500 € par bénéficiaire | 30 500 € au total |
| Éléments taxés | Capital transmis, gains compris | Primes excédant 30 500 € |
| Taxation après abattement | 20 %, puis 31,25 % au-delà de 700 000 € | Droits de succession selon le lien de parenté |
| Traitement des gains | Inclus dans le capital soumis au régime | Exclus de l’assiette de l’article 757 B |
Clause bénéficiaire : désigner les bonnes personnes sans ambiguïté
La clause bénéficiaire indique qui recevra le capital. Une formule standard vise souvent le conjoint, puis les enfants, puis les héritiers. Cette rédaction convient à des situations simples, mais elle doit rester cohérente avec la composition réelle de la famille.
Une clause précise peut prendre la forme suivante : « Mon conjoint non séparé de corps, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales, à défaut mes héritiers. » La représentation permet aux descendants d’un enfant décédé de recevoir sa part. La mention « à défaut » organise les rangs successifs.
Nommer une personne avec son état civil complet limite les erreurs d’identification. Cette méthode exige toutefois une mise à jour après un mariage, un divorce, une naissance ou un décès. La désignation par qualité, comme « mon conjoint », s’adapte davantage à une évolution familiale, mais chaque mot doit correspondre à l’intention de l’assuré.
Conjoint marié, partenaire de Pacs et concubin
Le conjoint survivant et le partenaire lié par un Pacs sont exonérés en 2026 du prélèvement prévu par l’article 990 I et des droits dus au titre de l’article 757 B. L’abattement de 152 500 € n’a donc pas d’utilité fiscale pour leur part, puisque le capital reçu est exonéré.
Le concubin ne bénéficie pas de cette exonération. Pour les primes versées avant 70 ans, il profite néanmoins du régime de l’article 990 I, avec l’abattement de 152 500 € en 2026. Pour les primes relevant de l’article 757 B, il subit le barème successoral applicable aux personnes sans lien de parenté.

Acceptation de la clause et liberté de modification
Tant que le bénéficiaire n’a pas accepté formellement le bénéfice du contrat, l’assuré conserve en principe la faculté de modifier la clause. Après acceptation réalisée avec l’accord de l’assuré, un changement de bénéficiaire ou certains retraits deviennent beaucoup plus contraints.
Une clause mérite une relecture après chaque changement familial ou patrimonial. Elle doit aussi prévoir le décès d’un bénéficiaire avant l’assuré. Sans bénéficiaire identifiable au dénouement, le capital rejoint la succession et perd le traitement civil recherché.
Clause démembrée et primes manifestement exagérées
Transmettre l’usufruit au conjoint et la nue-propriété aux enfants
Une clause bénéficiaire démembrée attribue généralement l’usufruit du capital au conjoint et la nue-propriété aux enfants. Comme le capital versé est une somme d’argent, le conjoint usufruitier reçoit souvent un quasi-usufruit. Il peut utiliser les fonds, tandis que les nus-propriétaires disposent d’une créance de restitution sur sa succession.
Pour l’article 990 I, l’usufruitier et les nus-propriétaires sont considérés comme bénéficiaires en 2026. La valeur de leurs droits est calculée selon le barème fiscal lié à l’âge de l’usufruitier. L’abattement de 152 500 € est réparti entre eux dans les mêmes proportions.
Lorsque l’usufruitier est le conjoint exonéré, la fraction d’abattement correspondant à son droit ne se reporte pas automatiquement sur les enfants nus-propriétaires. La rédaction doit donc combiner protection du conjoint, fiscalité des enfants et garantie de leur créance. Une convention de quasi-usufruit permet de préciser l’emploi des fonds, la dette de restitution et les garanties éventuelles.
Le risque de primes manifestement exagérées
Le caractère hors succession de l’assurance vie connaît une limite. Un héritier peut demander la réintégration de primes qu’il estime manifestement exagérées au regard des facultés financières de l’assuré.
Aucun pourcentage légal ne fixe ce caractère en 2026. Le juge examine la situation au moment de chaque versement : âge du souscripteur, revenus, patrimoine disponible, charges familiales, objectif d’épargne et utilité du contrat. Verser une part élevée de ses liquidités n’est donc pas automatiquement abusif. Le contexte de l’opération reste déterminant.
Si l’exagération est reconnue, tout ou partie des primes concernées est réintégré à la succession. Les héritiers qui contestent doivent apporter des éléments précis. Conserver les justificatifs de revenus, les relevés patrimoniaux et le motif des versements renforce la traçabilité de la stratégie.
Versement du capital : délais et dossier du bénéficiaire
En 2026, dès que l’assureur connaît le décès et les coordonnées du bénéficiaire, il dispose de 15 jours pour demander les pièces nécessaires au règlement. Une fois le dossier complet reçu, le capital doit être versé dans un délai maximal d’un mois.
Après ce délai d’un mois, le capital non réglé produit des intérêts au double du taux légal pendant deux mois, puis au triple de ce taux. Le point de départ dépend de la réception effective de toutes les pièces exigées. Un dossier incomplet retarde donc le calendrier.
Préparer les documents sans attendre
Le bénéficiaire doit généralement transmettre une pièce d’identité, un acte de décès, un relevé d’identité bancaire et les documents fiscaux réclamés selon le régime applicable. Une preuve de la qualité de bénéficiaire ou un acte de notoriété peut être demandé lorsque la clause désigne « les héritiers » sans les nommer.
- Informez l’assureur du décès avec les références connues du contrat.
- Demandez une liste écrite et exhaustive des pièces manquantes.
- Conservez la preuve d’envoi et la date de réception du dossier complet.
- Vérifiez la ventilation entre les articles 990 I et 757 B lorsque les primes ont été versées avant et après 70 ans.
- Contrôlez la répartition du capital entre les bénéficiaires et l’utilisation des abattements en vigueur en 2026.
Si le règlement tarde, une relance écrite doit rappeler la date à laquelle le dossier est devenu complet. Cette date sert à calculer le délai d’un mois et les intérêts dus en cas de paiement tardif.
Pour aller plus loin
- L’épargne salariale
- PER et impôt : combien on économise selon sa tranche, avec les calculs
- Compte à terme CIC : fonctionnement, taux et sortie anticipée
Sur la même bande · Épargne
- Épargne salariale Crédit Agricole : accès, fonds et déblocage anticipé
- Compte épargne-temps FPT : comment ça fonctionne ?
- Simulateur d’épargne mensuelle : combien pouvez-vous accumuler ?
- Compte épargne salariale Crédit Mutuel : comment y accéder
- L’épargne salariale — le dossier complet
- Intérêts du livret A — l’outil



